Il existe souvent plusieurs sous-types histologiques de cancer du sein. Au microscope, le médecin anatomopathologiste (le spécialiste qui analyse les tissus) recherche sur les cellules trois « cibles » : les récepteurs aux œstrogènes, les récepteurs à la progestérone et la protéine HER2. Lorsque aucune des trois n’est présente, le cancer est dit triple négatif.
Ce résultat ne dit pas, à lui seul, à quel stade est la maladie. Il indique surtout quels traitements seront efficaces : l’hormonothérapie et les traitements anti-HER2 ne servent pas ici, car les cellules n’ont ni récepteurs hormonaux ni excès de protéine HER2, donc ces médicaments n’ont pas de cible. La chimiothérapie, la radiothérapie et l’immunothérapie restent des piliers fondamentaux pour la prise en charge thérapeutique de ces patientes.
Décidé en réunion de concertation
Le traitement se décide en réunion de concertation pluridisciplinaire, où chirurgien, oncologue, radiothérapeute, radiologue et anatomopathologiste examinent ensemble votre dossier.
Vous venez d’apprendre que votre cancer est triple négatif, et vous voulez savoir comment s’organise la suite ?
Le Dr Jérémie Zeitoun, chirurgien cancérologue et sénologue, vous reçoit au cabinet du 241 rue du Faubourg Saint-Honoré (Paris 8e) et à la Clinique Hartmann (Neuilly-sur-Seine). Apportez le compte rendu de biopsie et les images. La chirurgie a lieu à la Clinique Hartmann.
Trois marqueurs absents : ce que signifie « triple négatif »

Les marqueurs sont recherchés par immunohistochimie : une coloration des cellules, faite sur les fragments de la biopsie, qui montre si une protéine est présente ou non.
Les trois marqueurs
- Récepteurs aux œstrogènes (RE) : absents ou en quantité trop faible pour qu’une hormonothérapie soit utile.
- Récepteurs à la progestérone (RP) : absents également.
- HER2 : la protéine n’est pas en excès. Un résultat « HER2 faible » (HER2-low) peut figurer sur le compte rendu.
Le compte rendu précise aussi le type de cancer, son grade (degré d’anomalie des cellules) et souvent le Ki67 (vitesse de division des cellules). La page comprendre le compte rendu d’anatomopathologie explique chacun de ces termes.
Pas d’hormonothérapie, pas de traitement anti-HER2
Ces deux familles de médicaments n’ont pas de cible dans un cancer triple négatif. Le traitement repose sur la chimiothérapie, souvent associée à une immunothérapie, sur la chirurgie et le plus souvent sur la radiothérapie.
Le stade de la maladie
Le stade dépend de la taille de la tumeur et de l’atteinte des ganglions. Il est établi par l’examen et l’imagerie, puis confirmé après l’opération.
Plus souvent chez les femmes jeunes, et en cas de mutation BRCA1

Un cancer triple négatif peut survenir à tout âge. Il est cependant plus fréquent chez les femmes jeunes, et il est la forme de cancer du sein la plus souvent associée à une mutation du gène BRCA1.
C’est pourquoi le référentiel SENORIF recommande de proposer une analyse génétique à toute femme ayant un cancer du sein triple négatif avant 61 ans, même sans histoire familiale, ou quel que soit l’âge en cas d’atteinte des deux seins.
Le plus souvent, le cancer est découvert par une grosseur sentie dans le sein ou l’aisselle, parfois entre deux mammographies de dépistage. Si vous sentez une grosseur du sein, consultez sans attendre la prochaine mammographie prévue.
De la biopsie au bilan complet

Le diagnostic repose toujours sur une microbiopsie, faite par le radiologue sous anesthésie locale. Un petit clip est posé dans la tumeur : il permettra de la retrouver à l’opération si elle disparaît sous chimiothérapie.
Les examens qui complètent le bilan
- Mammographie et échographie des deux seins, avec échographie de l’aisselle ; un ganglion suspect est lui aussi prélevé.
- IRM mammaire, qui peut être prescrite lorsqu’elle est utile, par exemple lorsqu’une chimiothérapie avant l’opération est prévue ou en cas de mutation BRCA.
- Bilan d’extension : un TEP-scanner est souvent réalisé (ou un scanner et une scintigraphie osseuse), pour vérifier que la maladie est limitée au sein et aux ganglions, lorsqu’une chimiothérapie est indiquée.
- Bilan avant chimiothérapie : prise de sang, échographie du cœur, et pose d’une chambre implantable (petit boîtier sous la peau pour les perfusions).
Rapide, mais sans précipitation
Le bilan s’organise en quelques jours. Le temps passé à bien préparer le traitement n’est pas du temps perdu. La page délai des résultats de biopsie explique ce qui fait varier l’attente du compte rendu.
Chez les patientes non métastatiques, le plus souvent : traiter d’abord par médicaments, opérer ensuite

Selon le référentiel SENORIF, une chimiothérapie avant l’opération (dite néoadjuvante) peut être proposée dès que la tumeur mesure 2 cm ou plus ou que des ganglions sont atteints. Elle n’est pas systématique : la décision se prend au cas par cas, en réunion de concertation, y compris pour les plus petites tumeurs.
Avant l’opération
- Pour les stades II et III, le schéma de référence associe une chimiothérapie à une immunothérapie, le pembrolizumab, selon le protocole de l’essai KEYNOTE-522. La Haute Autorité de santé a rendu un avis favorable à son remboursement dans cette indication.
- La durée est de plusieurs mois. L’effet est suivi par l’examen et l’imagerie pendant le traitement.
Après l’opération
- En cas de réponse complète à la chimiothérapie (absence de reliquat histologique sur la pièce histologique retirée durant la chirurgie), le pembrolizumab peut être poursuivi seul pendant plusieurs mois, s’il a été donné avant l’opération.
- En cas de réponse incomplète à la chimiothérapie, et donc s’il reste de la tumeur dans la pièce opératoire, un traitement complémentaire est ajouté : l’olaparib pendant un an en cas de mutation BRCA (essai OlympiA), sinon la capécitabine, une chimiothérapie en comprimés.
Lorsque l’opération a lieu en premier, pour une petite tumeur sans atteinte des ganglions, une chimiothérapie après l’opération (adjuvante) est discutée selon la taille et les caractéristiques de la tumeur.
Chimiothérapie et immunothérapie
Plusieurs mois de traitement en hôpital de jour, avant l’opération. Les effets indésirables sont expliqués et suivis par l’oncologue.
Chirurgie
Quelques semaines après la fin de la chimiothérapie : tumorectomie ou mastectomie, et geste sur les ganglions.
Radiothérapie
Systématique après une conservation du sein, discutée après une mastectomie selon l’âge, la taille de la tumeur, l’atteinte des ganglions et d’autres critères. Voir radiothérapie.
D’autres traitements existent
Lorsque la maladie s’est étendue à d’autres organes, le traitement est médical. Il associe chimiothérapie et, selon l’analyse de la tumeur, immunothérapie. Un anticorps conjugué, le sacituzumab govitecan, peut être proposé en cas de maladie métastatique déjà traitée. La chirurgie du sein n’y a qu’une place limitée.
Votre chimiothérapie avant l’opération va commencer ou est en cours : l’opération se prépare dès maintenant.
Le Dr Zeitoun vous voit avant le premier traitement, pour examiner le sein et l’aisselle, vous expliquer la prise en charge globale et parler du type d’opération envisageable. Consultation au cabinet du 241 rue du Faubourg Saint-Honoré (Paris 8e) et à la Clinique Hartmann (Neuilly-sur-Seine).
Ce que fait le chirurgien, avant et après la chimiothérapie

Le chirurgien vous voit avant la chimiothérapie, pour connaître la tumeur de départ, puis après, pour décider de l’opération avec l’imagerie de fin de traitement.
Les choix chirurgicaux
- Conserver le sein (tumorectomie, parfois avec une technique d’oncoplastie qui remodèle le sein) : c’est l’objectif chaque fois que la réponse et le volume du sein le permettent. La zone du clip est retirée, même si la tumeur n’est plus visible.
- Mastectomie lorsque la conservation n’est pas possible ou n’est pas souhaitée, ou en fonction de la présence ou non d’une prédisposition génétique lors de la consultation génétique, avec une reconstruction immédiate ou différée selon les cas.
- Les ganglions : ganglion sentinelle lorsque l’aisselle était indemne de métastases ganglionnaires au départ ; lorsque des ganglions étaient atteints, le geste dépend de leur réponse, et il est décidé en réunion de concertation.
Où se passent la consultation et l’opération
Les consultations ont lieu au cabinet du 241 rue du Faubourg Saint-Honoré (Paris 8e) et à la Clinique Hartmann (Neuilly-sur-Seine). La chirurgie a lieu à la Clinique Hartmann. La chimiothérapie et la radiothérapie se font dans un centre que vous choisissez avec l’équipe, et le dossier est discuté en réunion de concertation.
Les conseils pratiques avant l’intervention sont sur la page préparer son opération, et ceux de la première consultation sur préparer sa première consultation.
Le test génétique : pour votre traitement, et pour votre famille

L’analyse génétique se fait par une prise de sang, après une consultation d’oncogénétique. Elle recherche une mutation des gènes BRCA1, BRCA2, PALB2 et de quelques autres gènes de prédisposition.
Ce que le résultat peut changer
- Le traitement : en cas de mutation BRCA et de tumeur restante après la chimiothérapie, l’olaparib est ajouté pendant un an.
- La chirurgie : une mastectomie préventive de l’autre sein peut se discuter. Elle n’est jamais une obligation, et la décision peut être prise plus tard, à distance des traitements.
- Les ovaires : une ablation préventive des ovaires et des trompes est recommandée à partir de 40 ans pour BRCA1, de 45 ans pour BRCA2, et proposée vers la ménopause pour PALB2.
- Vos proches : s’ils le souhaitent, ils peuvent être testés et bénéficier d’une surveillance adaptée.
La chirurgie préventive des femmes porteuses d’une mutation BRCA ou PALB2 est prise en charge par l’Assurance maladie, avec d’éventuels dépassements d’honoraires. Secteur 2, non adhérent à l’OPTAM, avec dépassements d’honoraires possibles. Le montant est expliqué en consultation et inscrit sur un devis avant l’intervention. Voir aussi résultat BRCA positif et mastectomie prophylactique.
La surveillance, et la vie après

Le référentiel SENORIF prévoit un examen clinique tous les 6 mois pendant 5 ans, puis une fois par an, et une mammographie chaque année, à vie, la première quelques mois après la fin de la radiothérapie.
Le suivi peut être assuré en alternance par le chirurgien, l’oncologue, le radiothérapeute et le gynécologue.
Signalez sans attendre la prochaine visite une grosseur, une modification de la cicatrice, une douleur osseuse qui persiste ou une toux inhabituelle. Les gestes utiles après une chirurgie de l’aisselle sont sur la page lymphœdème.
Le suivi du cœur
Après une chimiothérapie comportant des anthracyclines, un suivi du cœur peut être proposé.
Questions fréquentes
Les questions posées le plus souvent après l’annonce d’un cancer triple négatif. Si la vôtre n’y est pas, posez-la en consultation, ou à Sophie, en bas à droite de l’écran.
Un cancer triple négatif est-il plus grave qu’un autre cancer du sein ?
C’est un type de cancer qui évolue souvent plus vite que les cancers hormonosensibles. C’est la raison pour laquelle le traitement est organisé sans tarder, le plus souvent en commençant par une chimiothérapie. Il est aussi, souvent, sensible à cette chimiothérapie. Le pronostic dépend avant tout de la taille de la tumeur, de l’atteinte des ganglions et de la réponse au traitement.
Pourquoi faire la chimiothérapie avant l’opération ?
Elle réduit la tumeur, ce qui permet parfois de conserver le sein. Elle permet aussi de voir comment le cancer répond : l’analyse de la pièce opératoire dit s’il reste des cellules cancéreuses, et le traitement après l’opération est adapté à ce résultat. Elle permet aussi d’avoir les résultats de la génétique. La page chimiothérapie avant l’opération détaille ce parcours.
Qu’est-ce que le pembrolizumab ?
C’est une immunothérapie : un médicament qui aide le système immunitaire à reconnaître les cellules cancéreuses. Dans les cancers triple négatifs de stade II ou III, il est associé à la chimiothérapie avant l’opération, puis peut être poursuivi seul après l’opération en cas de réponse complète à la chimiothérapie. Il peut provoquer des réactions inflammatoires de certains organes, par exemple de la thyroïde, qui sont recherchées tout au long du traitement.
Dois-je faire un test génétique ?
Le référentiel SENORIF recommande de le proposer à toute femme ayant un cancer du sein triple négatif avant 61 ans, et plus largement selon l’histoire familiale. Le résultat peut modifier le traitement (olaparib en cas de mutation BRCA) et concerne aussi vos proches. Voir la page risque héréditaire sein et ovaire.
Je suis porteuse d’une mutation BRCA1. Faut-il enlever les deux seins ?
Non, ce n’est pas une obligation. Le traitement du cancer peut se faire avec conservation du sein. Une mastectomie préventive de l’autre sein, ou des deux seins, peut se discuter, et cette réflexion peut se faire plus tard, à distance des traitements. Cette chirurgie est prise en charge par l’Assurance maladie, avec d’éventuels dépassements d’honoraires. Voir mutation BRCA et chirurgie préventive.
Que veut dire « réponse complète » ?
Cela veut dire que l’analyse au microscope du sein et des ganglions retirés ne retrouve plus de cellules cancéreuses infiltrantes après la chimiothérapie. Ce résultat n’est connu qu’après l’opération (voir comprendre le compte rendu d’anatomopathologie). Il ne dispense pas de l’opération, et il guide le traitement qui suit.
Pourrai-je avoir un enfant après les traitements ?
La chimiothérapie peut diminuer la fertilité. Avant de la commencer, une consultation de préservation de la fertilité est proposée aux femmes jeunes qui le souhaitent. Parlez-en dès la première consultation, car elle se fait avant le premier traitement.
Faudra-t-il une hormonothérapie ?
Non. Par définition, un cancer triple négatif n’a pas de récepteurs hormonaux : l’hormonothérapie n’aurait pas d’effet. C’est pourquoi la chimiothérapie et l’immunothérapie occupent une place centrale.
Comment se passe la surveillance après les traitements ?
Selon le référentiel SENORIF, un examen clinique tous les 6 mois pendant 5 ans, puis une fois par an, et une mammographie chaque année, à vie. Le suivi peut être partagé entre le chirurgien, l’oncologue, le radiothérapeute et le gynécologue.
Puis-je demander un second avis ?
Oui, c’est votre droit, et cela ne retarde pas le traitement lorsqu’il est organisé rapidement. Apportez le compte rendu de biopsie, les images et, s’il existe, le compte rendu de la réunion de concertation. Voir second avis pour un cancer du sein.
Sources
Cet article est notamment issu du référentiel SENORIF 2025-2026.
- Référentiel SENORIF 2025-2026 — Cancers et pathologies du sein : attitudes diagnostiques et thérapeutiques, protocoles de traitement : indications d’analyse génétique, traitement néoadjuvant et post-néoadjuvant des cancers triple négatifs, bilan, surveillance.
- Institut national du cancer — Traitements systémiques des cancers du sein localisés de sous-type triple négatif, recommandations de novembre 2024.
- Haute Autorité de santé — Avis sur Keytruda (pembrolizumab) dans le cancer du sein triple négatif, décembre 2022 ; avis sur Lynparza (olaparib) dans le cancer du sein précoce à haut risque, janvier 2023.
- Loibl S. et al. — Early breast cancer: ESMO Clinical Practice Guideline. Annals of Oncology, 2024.
- Schmid P. et al. — Pembrolizumab for Early Triple-Negative Breast Cancer (KEYNOTE-522). New England Journal of Medicine, 2020 ; survie globale, 2024.
- Tutt A. et al. — Adjuvant Olaparib for Patients with BRCA1- or BRCA2-Mutated Breast Cancer (OlympiA). New England Journal of Medicine, 2021.
- Bardia A. et al. — Sacituzumab Govitecan in Metastatic Triple-Negative Breast Cancer (ASCENT). New England Journal of Medicine, 2021.
- Recommandations américaines — NCCN Guidelines for Patients : Breast Cancer.
Vous avez une question sur l’opération, sur la génétique, ou vous souhaitez un second avis ?
Le Dr Jérémie Zeitoun reçoit en consultation au cabinet du 241 rue du Faubourg Saint-Honoré (Paris 8e) et à la Clinique Hartmann (Neuilly-sur-Seine), et opère à la Clinique Hartmann. Apportez le compte rendu de biopsie, les images et, s’il existe, le résultat du test génétique.


