L’aisselle contient plusieurs dizaines de ganglions lymphatiques. Ce sont de petits filtres du système immunitaire, qui drainent le bras, la paroi du thorax et le sein. Au repos, ils mesurent quelques millimètres et on ne les sent pas. Lorsqu’ils travaillent, ils gonflent : c’est leur rôle.
Une boule sous l’aisselle n’est donc pas, en soi, un signe de cancer. Le plus souvent, elle traduit une réaction passagère : petite plaie de la main, folliculite après le rasage, rhume, ou vaccin fait dans ce bras. Parfois, ce n’est même pas un ganglion, mais un tissu mammaire accessoire, un kyste de la peau ou un lipome.
Quelques signes, en revanche, justifient un examen sans attendre. Les connaître permet d’éviter deux écueils : s’affoler pour un ganglion réactionnel, ou laisser traîner une boule qui ne dégonfle pas.
Une boule sous le bras, une échographie qui parle de « ganglion » : faut-il s’inquiéter ?
Le Dr Jérémie Zeitoun, chirurgien cancérologue et sénologue, reçoit en consultation au cabinet du 241 rue du Faubourg Saint-Honoré (Paris 8e) et à la Clinique Hartmann (Neuilly-sur-Seine). Apportez les comptes rendus et les images déjà faites. La chirurgie, lorsqu’elle est utile, a lieu à Hartmann.
Un ganglion qui gonfle : le plus souvent, il fait son travail

Le système lymphatique est un réseau de petits vaisseaux qui ramènent le liquide des tissus vers la circulation. Sur ce trajet, les ganglions arrêtent les microbes et préparent la défense immunitaire. Lorsqu’une infection, même minime, touche la main, le bras ou la peau de l’aisselle, les ganglions qui drainent cette zone grossissent pour quelques jours ou quelques semaines.
Un ganglion « réactionnel » est souvent souple, mobile sous le doigt, parfois sensible. Il apparaît en même temps qu’une cause visible, puis diminue lorsque cette cause disparaît.
À l’inverse, un ganglion dur, fixé aux tissus voisins, indolore, qui grossit ou qui persiste sans explication mérite un avis. Ce ne sont pas des preuves de gravité, ce sont des raisons de regarder de plus près.
D’autres boules naissent dans l’aisselle
Un kyste épidermoïde (dit sébacé), un lipome (petite boule de graisse, molle), un furoncle ou une poussée de maladie de Verneuil (hidradénite), ou encore un tissu mammaire accessoire, qui gonfle avant les règles et pendant l’allaitement. L’examen clinique et l’échographie font la différence en quelques minutes.
Infection, vaccin, peau : les explications habituelles

Ce qui fait gonfler un ganglion de l’aisselle
- Une petite infection du bras ou de la main. Coupure, piqûre, panaris, ongle incarné, eczéma surinfecté. La porte d’entrée est parfois oubliée.
- La peau de l’aisselle. Folliculite après rasage ou épilation, furoncle, maladie de Verneuil.
- Un vaccin contre la Covid-19 fait dans ce bras. Dans les 12 semaines qui suivent l’injection, il fait fréquemment réagir les ganglions du côté de l’injection.
- Une griffure de chat. La « maladie des griffes du chat » donne un ganglion souvent un peu douloureux, qui peut durer plusieurs semaines. Un traitement antibiotique est parfois proposé par le médecin traitant.
- Une infection générale. Mononucléose, toxoplasmose, rhume ou angine : plusieurs territoires ganglionnaires réagissent alors en même temps, souvent avec de la fièvre et de la fatigue.
- Une prothèse mammaire. En cas de fuite de silicone, un ganglion peut en capter et grossir. L’échographie le reconnaît ; la page reconstruction par prothèse décrit la surveillance de l’implant.
Noter la date d’apparition, la taille approximative et l’éventuelle cause (vaccin, plaie, fièvre) aide beaucoup le médecin ensuite.
Les causes qui demandent un bilan
Un ganglion de l’aisselle peut aussi révéler un cancer du sein (chez la femme comme chez l’homme), un lymphome, ou plus rarement une autre tumeur, comme un mélanome du bras ou du dos. C’est rare au regard du nombre de ganglions réactionnels, mais c’est précisément la raison pour laquelle un ganglion qui ne s’explique pas doit être examiné.
Quand consulter, et avec quel délai
Consulter sans attendre
Ganglion associé à une anomalie du sein du même côté : grosseur, rétraction de la peau ou du mamelon, peau rouge et épaissie, écoulement. Le bilan sein et aisselle se fait alors ensemble.
Consulter rapidement
Pas de cause évidente, ganglion dur, fixé, ou qui grossit ; fièvre qui dure, sueurs nocturnes, amaigrissement ; antécédent de cancer du sein, de mélanome ou de lymphome.
Surveiller
Ganglion souple, mobile, un peu sensible, avec une cause évidente : vaccin récent dans ce bras, petite plaie, folliculite, état grippal. Il est raisonnable de le surveiller. S’il ne diminue pas, ou s’il grossit, parlez-en à votre médecin.

Ce que vérifie le médecin
Il interroge sur la date d’apparition, les vaccins, les plaies, la fièvre, les traitements et les antécédents. Il examine les deux seins, les deux aisselles, le creux au-dessus de la clavicule, le cou, et la peau du bras et du dos. Un ganglion isolé n’a pas la même signification que plusieurs ganglions dans différents territoires.
Le médecin traitant ou le gynécologue peut, selon le contexte, demander une prise de sang et une échographie. La consultation de sénologie devient utile lorsque l’échographie décrit un ganglion « atypique » ou « suspect », ou lorsqu’il existe une anomalie du sein.
L’échographie d’abord, la mammographie selon l’âge et le contexte

L’échographie de l’aisselle est l’examen clé. Elle est indolore, sans rayons, et dure quelques minutes. Elle dit d’abord s’il s’agit vraiment d’un ganglion, puis décrit son aspect.
Ce que regarde le radiologue
- Un ganglion d’aspect normal est ovale, avec un centre graisseux bien visible (le « hile ») et une enveloppe fine (le « cortex »). Même un peu gros, cet aspect est rassurant.
- Un ganglion à surveiller ou à prélever est plus rond, avec un cortex épaissi, un hile qui s’efface, ou une vascularisation inhabituelle au doppler.
- Les seins sont regardés en même temps. Chez la femme, une mammographie est généralement associée, en particulier si le ganglion paraît suspect.
Le compte rendu se termine par une catégorie ACR (BI-RADS). Un ganglion réactionnel typique, du côté d’un vaccin récent, sans anomalie du sein et sans antécédent de cancer, est classé bénin : il ne nécessite pas d’autre examen selon les recommandations européennes de radiologie mammaire (EUSOBI). Les sociétés savantes insistent aussi sur un point : un vaccin ne doit pas faire reporter une mammographie. Il suffit de signaler au radiologue la date et le bras de l’injection.
Les images, pas seulement le texte
Les clichés et les comptes rendus récents, ainsi que les examens précédents pour comparer. La page préparer sa première consultation liste les pièces utiles. Une IRM mammaire n’est pas un examen de première intention pour un ganglion : elle se discute dans des situations précises, décrites plus bas.
L’échographie décrit un ganglion « atypique » ou propose une biopsie.
Le Dr Zeitoun relit avec vous les images et le compte rendu, examine les seins et les aisselles, et dit s’il faut surveiller, prélever ou opérer. Consultation au cabinet du 241 rue du Faubourg Saint-Honoré (Paris 8e) et à la Clinique Hartmann (Neuilly-sur-Seine) ; chirurgie à Hartmann.
Quand le ganglion est prélevé : ce que le résultat change

Si l’aspect du ganglion n’est pas typiquement bénin, le radiologue propose une microbiopsie sous échographie. Le geste se fait sous anesthésie locale, en quelques minutes, comme une biopsie du sein. Plusieurs petits fragments sont prélevés et envoyés au laboratoire d’anatomopathologie. Une simple ponction à l’aiguille fine est parfois réalisée à la place.
Le résultat arrive en général en quelques jours à une ou deux semaines ; la page délai des résultats de biopsie explique ce qui fait varier ce délai. Un petit clip est souvent posé dans le ganglion pendant la biopsie, pour pouvoir le retrouver plus tard.
Ganglion réactionnel, bénin
Le tissu est inflammatoire, sans cellule anormale, et le résultat concorde avec l’image. On surveille, en général par un examen clinique et une échographie de contrôle à quelques mois.
Prélèvement non concluant
Les fragments sont trop petits, ou le résultat ne correspond pas à l’image. Un nouveau prélèvement, ou l’ablation chirurgicale du ganglion, est alors discuté.
Le bilan du sein devient le sujet
Si le ganglion contient des cellules venant du sein, le bilan cherche la tumeur dans le sein : mammographie, échographie, puis IRM mammaire si elles sont normales. Le dossier passe en réunion de concertation pluridisciplinaire, et le traitement suit le parcours du cancer du sein, avec, selon les cas, une chimiothérapie avant l’opération.
Un autre spécialiste prend le relais
Un lymphome est pris en charge par un hématologue. Pour le classer précisément, il faut souvent analyser le ganglion entier : son ablation chirurgicale est alors demandée. Une autre origine (peau, mélanome…) oriente vers le spécialiste concerné.
Quand le chirurgien intervient

La grande majorité des ganglions de l’aisselle ne s’opèrent pas. Le chirurgien intervient dans des situations précises.
Les situations chirurgicales
- Retirer un ganglion pour l’analyser en entier. Lorsque la biopsie à l’aiguille n’a pas conclu, ou lorsque l’hématologue a besoin du ganglion complet. C’est une intervention courte, le plus souvent en ambulatoire, par une incision de quelques centimètres cachée dans un pli de l’aisselle.
- Un ganglion non palpable se retire après un repérage pré-opératoire (harpon ou marqueur magnétique), posé par le radiologue, pour aller droit sur la bonne cible.
- Une boule qui n’est pas un ganglion et qui gêne : kyste, lipome, glande mammaire accessoire. L’ablation se discute selon la gêne, pas par principe.
- Un cancer du sein avec atteinte ganglionnaire. La chirurgie de l’aisselle fait alors partie du traitement : ganglion sentinelle ou curage axillaire, décidés en réunion de concertation, souvent après une chimiothérapie.

Après l’ablation d’un ganglion
Le bras peut bouger dès le soir même. La cicatrice, dans le pli, est en général très discrète. L’ablation d’un seul ganglion entraîne rarement un gonflement du bras ; les gestes utiles sont décrits sur la page lymphœdème. Le résultat de l’analyse est remis en consultation, une à deux semaines plus tard, avec la suite à donner. Les conseils pratiques avant l’intervention sont sur préparer son opération.
Questions fréquentes
Les questions qui reviennent devant une boule sous l’aisselle. Si la vôtre n’y est pas, elle se pose en consultation, ou à Sophie, en bas à droite de l’écran.
Une boule sous l’aisselle, est-ce forcément un cancer ?
Non. Dans la très grande majorité des cas, c’est un ganglion qui réagit à une infection, à un vaccin ou à une irritation de la peau, ou une autre boule bénigne (kyste, lipome, glande mammaire accessoire). Un examen est utile lorsque la boule est dure, fixée, grossit, persiste sans cause, ou s’accompagne d’une anomalie du sein.
Combien de temps attendre avant de consulter ?
Avec une cause évidente (vaccin, plaie, infection) et un ganglion souple et mobile, une surveillance est raisonnable ; s’il ne diminue pas, parlez-en à votre médecin. Sans cause, si le ganglion est dur, fixé, grossit, ou s’il existe une grosseur du sein, de la fièvre qui dure ou un amaigrissement, consultez sans attendre.
Un ganglion qui fait mal est-il plus rassurant ?
Souvent, oui : la douleur accompagne volontiers une inflammation ou une infection. Mais ce n’est pas une règle absolue. C’est l’ensemble (cause, consistance, évolution, examen des seins) qui compte, et l’échographie tranche lorsqu’il reste un doute.
J’ai été vaccinée récemment. Dois-je reporter ma mammographie ?
Non. Les recommandations de radiologie mammaire sont claires : la vaccination ne doit pas retarder une mammographie. Signalez simplement au radiologue la date et le bras de l’injection. Un ganglion du même côté, sans autre anomalie et sans antécédent de cancer, est considéré comme bénin.
Le déodorant ou l’épilation peuvent-ils provoquer un cancer ?
Non. Aucune étude n’a montré que les déodorants ou les anti-transpirants provoquent un cancer du sein. Le rasage et l’épilation peuvent en revanche irriter la peau et faire réagir un ganglion pendant quelques jours.
Faut-il une prise de sang ?
Parfois. Le médecin traitant la demande selon le contexte : numération, marqueurs d’inflammation, et certaines sérologies (mononucléose, toxoplasmose, griffes du chat). Elle complète l’échographie, elle ne la remplace pas.
L’échographie parle de ganglion « atypique ». Qu’est-ce que cela veut dire ?
Que l’aspect n’est pas typiquement réactionnel : cortex épaissi, forme arrondie, centre graisseux moins visible. Ce n’est pas un diagnostic. Selon le contexte, le radiologue propose un contrôle à quelques semaines ou une biopsie sous échographie.
La biopsie d’un ganglion fait-elle mal ?
Elle se fait sous anesthésie locale et dure quelques minutes. On ressent surtout une pression et le bruit du dispositif. Un petit bleu est fréquent les jours suivants. Le geste est très proche d’une biopsie du sein.
Le ganglion contient des cellules venant du sein, mais la mammographie est normale. Que se passe-t-il ?
La situation est rare. Une IRM mammaire est alors réalisée, pour rechercher dans le sein une lésion que la mammographie et l’échographie ne voyaient pas. Le dossier est discuté en réunion de concertation, et le traitement suit le parcours du cancer du sein.
Retirer un ganglion, est-ce la même chose qu’un curage ?
Non. L’ablation d’un ganglion isolé, pour l’analyser, est un geste court et limité. Le ganglion sentinelle et le curage axillaire sont des gestes du traitement d’un cancer du sein, décidés en réunion de concertation.
Les hommes peuvent-ils avoir un ganglion de l’aisselle lié au sein ?
Oui, même si c’est rare. Le bilan est le même : examen, échographie, mammographie si besoin. Le cancer du sein chez l’homme a sa propre page.
J’ai déjà eu un cancer du sein. Un ganglion doit-il m’inquiéter ?
Il doit être examiné, sans attendre plusieurs semaines. Signalez-le à l’équipe qui vous suit. Beaucoup de ces ganglions restent réactionnels, mais l’échographie, et si besoin la biopsie, permettent de le vérifier rapidement.
Sources
Cet article est notamment issu du référentiel SENORIF 2025-2026.
- Référentiel SENORIF 2025-2026 — Cancers et pathologies du sein : attitudes diagnostiques et thérapeutiques : bilan d’une anomalie du sein ou de l’aisselle et discussion en réunion de concertation pluridisciplinaire.
- Schiaffino S. et al. — European Society of Breast Imaging (EUSOBI) : prise en charge des adénopathies axillaires après vaccination, révision 2023. Insights into Imaging, 2023.
- Flegg et al. — Canadian Association of Radiologists et Breast Radiologists of Canada : adénopathies axillaires après vaccination, mise à jour 2026. Canadian Association of Radiologists Journal, 2026 (doi 10.1177/08465371261450192).
- Society of Breast Imaging — recommandations sur les adénopathies axillaires après vaccination, révision de février 2022 : ne pas reporter la mammographie.
- American College of Radiology — BI-RADS Atlas : classification des images du sein et de l’aisselle.
- Institut national du cancer — e-cancer.fr : cancers du sein, symptômes et idées reçues.
Un ganglion qui ne s’explique pas, un résultat à comprendre.
Le Dr Jérémie Zeitoun reçoit en consultation au cabinet du 241 rue du Faubourg Saint-Honoré (Paris 8e) et à la Clinique Hartmann (Neuilly-sur-Seine) et opère à Hartmann. Apportez l’échographie, la mammographie et, s’il existe, le compte rendu de biopsie.


