

Chirurgie Vulvectomie partielle ou totale Dr Jérémie Zeitoun · Chirurgien Paris 8e
L'opération de référence pour les cancers de la vulve invasifs et certaines lésions précancéreuses (VIN différencié, maladie de Paget). Indications, déroulé concret, suites, complications, récupération à attendre — tout vous est expliqué clairement.

La vulvectomie, en 7 chiffres clés
Des informations concrètes et pertinentes pour vous préparer à cette intervention. Tous ces chiffres correspondent à la pratique actuelle dans les centres experts français.
La vulvectomie reste l'opération de référence pour traiter un cancer de la vulve invasif. L'objectif principal est l'obtention de marges chirurgicales saines en histologie — c'est la condition d'un bon contrôle local. Le second objectif est de préserver autant que possible la fonction et l'image corporelle. Selon la taille et la localisation de la lésion, l'opération sera partielle ou totale, parfois associée à un lambeau de reconstruction.
Partielle, totale, radicale : quelle vulvectomie pour quelle situation
Le mot « vulvectomie » désigne en fait plusieurs interventions très différentes. Pour vous y retrouver simplement, on classe la vulvectomie selon trois critères qui se combinent : quelle partie de la vulve on retire (étendue), jusqu'à quelle profondeur on coupe (superficielle ou profonde), et si on touche ou non aux ganglions de l'aine (simple ou radicale). Le type retenu dépend de la taille de la lésion, de sa localisation, et du stade. La décision est toujours prise en réunion pluridisciplinaire avant l'intervention.
1 — Quelle partie on retire (étendue)
Vulvectomie partielle, totale ou élargieVulvectomie partielle (ou « simple »). On retire uniquement la zone autour de la lésion, avec une marge de sécurité d'environ 1 cm. Le reste de la vulve est conservé. C'est aujourd'hui l'intervention la plus fréquente pour les petits cancers (T1) et les lésions précancéreuses bien localisées.
Vulvectomie totale. On retire l'ensemble de la vulve — grandes lèvres, petites lèvres, parfois capuchon clitoridien — quand la lésion est très étendue ou multifocale (plusieurs foyers à des endroits différents).
Vulvectomie élargie. On retire la lésion avec une marge plus importante (souvent > 1 cm, parfois jusqu'à 2 cm), notamment pour les mélanomes vulvaires ou les cancers à fort risque de récidive locale. L'étendue est plus grande qu'une partielle classique mais ne va pas jusqu'à retirer toute la vulve.
2 — Jusqu'à quelle profondeur on coupe
Vulvectomie superficielle ou profondeVulvectomie superficielle (ou « skinning »). On retire uniquement la peau et la couche juste en dessous. Le tissu en profondeur (graisse, muscle) est conservé. Indication : les lésions précancéreuses (VIN étendue, maladie de Paget sans invasion), pour lesquelles le cancer n'a pas pénétré en profondeur.
Vulvectomie profonde. On retire la peau et la graisse jusqu'à l'aponévrose (membrane fibreuse qui recouvre les muscles). Indication : les cancers invasifs (carcinome épidermoïde, mélanome), pour s'assurer que toute la profondeur de la lésion est emportée avec des marges saines.
En résumé : la profondeur dépend de la nature de la lésion. Précancer → superficielle suffit. Cancer invasif → profonde indispensable.
3 — Si on touche aux ganglions de l'aine
Vulvectomie simple ou radicaleVulvectomie simple. On ne touche pas aux ganglions de l'aine. Indication : les lésions précancéreuses, ou les très petits cancers (T1a, invasion ≤ 1 mm) où le risque ganglionnaire est nul.
Vulvectomie radicale. La vulvectomie est associée à un geste sur les ganglions de l'aine. Deux options selon la situation :
• Ganglion sentinelle inguinal (prélèvement ciblé de 1 à 3 ganglions « sentinelles ») — la technique moderne pour les cancers ≤ 4 cm sans ganglion palpable. Elle évite les complications du curage complet. En savoir plus sur le ganglion sentinelle.
• Curage inguinal complet (ablation de tous les ganglions de l'aine) — pour les cancers étendus, les ganglions palpables, ou en cas de ganglion sentinelle positif.
Comment ces 3 axes se combinent en pratique
Quelques exemples concrets de combinaisonsExemple 1 — VIN étendue (lésion précancéreuse). Vulvectomie partielle + superficielle + simple. On retire juste la zone précancéreuse, en peau, sans toucher aux ganglions. Suites légères.
Exemple 2 — Carcinome épidermoïde T1b de 1,5 cm (cancer débutant). Vulvectomie partielle + profonde + radicale avec ganglion sentinelle. On retire la lésion en profondeur, avec exploration ciblée de l'aine.
Exemple 3 — Maladie de Paget vulvaire étendue sans invasion. Vulvectomie totale + superficielle + simple, souvent avec lambeau de reconstruction.
Exemple 4 — Mélanome vulvaire. Vulvectomie élargie + profonde + radicale avec ganglion sentinelle, selon l'indice de Breslow.
C'est pour ça que chaque vulvectomie est différente. La décision est toujours personnalisée et discutée en réunion pluridisciplinaire avant l'opération.
Pour quelles situations
La vulvectomie est proposée pour différents types de lésions de la vulve. Sans rentrer dans le détail technique des stades médicaux — qui ne vous dirait rien et compliquerait inutilement — voici les grandes situations où on en parle.
Des cellules anormales ont été retrouvées sur la peau de la vulve, sans cancer encore installé (VIN, maladie de Paget vulvaire). On opère pour enlever ces cellules avant qu'elles évoluent. La chirurgie est souvent superficielle et limitée.
Le cancer est localisé à la vulve, de petite taille. On retire la lésion avec une marge de sécurité, et on examine les ganglions de l'aine (en général par ganglion sentinelle). Le pronostic est très bon.
Le cancer est plus volumineux ou touche plusieurs zones de la vulve. La chirurgie est plus large, parfois associée à un curage inguinal complet. Une radiothérapie peut être associée selon les cas.
Certaines lésions plus rares (mélanome de la vulve, carcinome basocellulaire, autres tumeurs cutanées) nécessitent également une vulvectomie, avec des spécificités propres à chaque type.
Dans tous les cas, la chirurgie est personnalisée. Le type exact de vulvectomie (partielle, totale, élargie ; superficielle, profonde ; simple, radicale — voir la section Les types) dépend de votre situation précise : taille, localisation, profondeur, nature de la lésion, état des ganglions.
La décision est toujours prise en réunion de concertation pluridisciplinaire — un comité de spécialistes (chirurgien, oncologue, radiothérapeute, anatomopathologiste, radiologue) examine votre dossier ensemble avant de me confirmer la meilleure stratégie pour vous. Ensuite, je prends le temps de vous l'expliquer en consultation.
Recommandations utilisées (mise à jour 2025) : FIGO 2025 (Olawaiye et al, Int J Gynecol Obstet 2025, mise à jour mondiale) · NCCN Vulvar Cancer 2025 (v1.2025, recommandations américaines) · Restaino et al, Cancers 2025 (comparaison systématique des guidelines internationales) · ESGO 2023 (Oonk MHM et al, Int J Gynecol Cancer 2023, recommandations européennes) · Saint-Paul-de-Vence 2024 (Selle & Narducci, recommandations francophones) · GROINSS-V I (Van der Zee AGJ et al, J Clin Oncol 2008, n=403) et GROINSS-V II (Oonk MHM et al, Lancet Oncol 2021, n=1535) pour le ganglion sentinelle.
Une vulvectomie vous a été proposée ?
Apportez vos comptes-rendus de biopsie, l'IRM pelvienne et la décision de RCP si disponible. La consultation dure 30 minutes — un plan personnalisé vous est remis avec le type de vulvectomie envisagée.
Comment se passe une vulvectomie, étape par étape
De l'arrivée à la clinique au retour à domicile, voici précisément ce qui vous attend. Cette transparence est une marque de respect : vous avez le droit de savoir.
- 01
La veille — préparation
Hospitalisation la veille ou le matin même selon les cas. Douche antiseptique. Jeûne dès minuit (eau autorisée jusqu'à 2h avant l'opération). Rasage limité de la zone opératoire. Premier entretien avec l'équipe paramédicale.
- 02
L'arrivée au bloc
Vérification de l'identité, du dossier, du consentement. Pose d'une voie veineuse périphérique. Anesthésie générale — le plus souvent associée à une analgésie péridurale pour le confort post-opératoire.
- 03
L'intervention
Position gynécologique (jambes en étriers). Marquages au stylo des limites d'exérèse selon les marges prévues. Exérèse de la pièce, hémostase soigneuse. Pose de drains aspiratifs si nécessaire. Sutures en plans successifs. Pose d'une sonde urinaire.
- 04
Le réveil
Surveillance en salle de réveil pendant 1 à 2 heures. Évaluation de la douleur, de la cicatrice. Retour en chambre. Antalgiques systématiques. Lever précoce dès le lendemain pour prévenir les phlébites.
- 05
L'hospitalisation
3 à 5 jours en moyenne. Surveillance de la cicatrice, des drains, de la diurèse. Retrait progressif de la sonde urinaire (J2-J5). Soins locaux quotidiens. Mobilisation. Anticoagulation préventive par injection sous-cutanée.
- 06
Le retour à domicile
Sortie avec ordonnance de soins infirmiers, antalgiques, anticoagulation. Bains de siège bétadinés 2 fois par jour. Surveillance de la cicatrice. Consultation post-opératoire à J15 pour les résultats anatomopathologiques et la décision de RCP.
Avant toute vulvectomie, vous serez vue en consultation chirurgicale, puis en consultation d'anesthésie. Une consultation psychologique peut être proposée, particulièrement si l'intervention est étendue. N'hésitez pas à poser toutes vos questions, à demander à voir une autre patiente déjà opérée, ou à prendre un délai de réflexion. Cette chirurgie n'est jamais urgente au point d'empêcher une préparation soignée.
Récupération, complications et retour à la vie normale
La cicatrisation vulvaire est une zone particulière : la peau y est fine, la zone est humide, soumise aux frottements et aux mictions. Les complications sont fréquentes — mais le plus souvent bénignes et bien gérées avec un suivi rigoureux.
Les complications les plus fréquentes
La cicatrisation vulvaire est fragile — c'est une zone fine, humide, soumise aux frottements et aux mictions. Les complications de cicatrice sont fréquentes, mais elles ne sont jamais un échec de l'opération. Toutes se gèrent au cabinet ou par téléconsultation, avec des soins locaux. Voici les chiffres réels rapportés dans la littérature, sans rien vous cacher.
| Complication | Fréquence |
|---|---|
| Désunion de cicatrice (partielle ou totale) | jusqu'à 50 % |
| Infection de cicatrice | 8 – 15 % |
| Hématome | 5 – 10 % |
| Rétention urinaire transitoire | 10 – 20 % |
| Lymphœdème de jambe (si curage inguinal) | 20 – 40 % après curage 1 – 5 % après ganglion sentinelle |
| Marges insuffisantes (reprise chirurgicale) | 5 – 15 % |
| Dyspareunie (rapports douloureux) à distance | 15 – 30 % |
Références : Senn B et al, Gynecol Oncol 2013 (taux de désunion 50 %) · Pouwer AW et al, Ann Surg Oncol 2019 · Hinten F et al, Gynecol Oncol 2011 (53 % de complications cicatricielles) · Gaarenstroom KN et al, Int J Gynecol Cancer 2003 · GROINSS-V I & II.
Une désunion à 50 % n'est pas un échec : c'est la conséquence naturelle de la fragilité de la peau vulvaire. La cicatrisation reprend ensuite tranquillement par un mécanisme « dirigé » — soins locaux quotidiens et patience. Vous restez en contact direct avec moi pendant toute cette période. Une question, un doute, une photo à m'envoyer : la téléconsultation est faite pour ça.
Calendrier de récupération
La récupération après vulvectomie est plus longue qu'on ne l'imagine. La peau de la vulve cicatrise lentement, et la zone est sollicitée à chaque miction et à chaque mouvement. Il faut accepter ce temps pour aller jusqu'à une cicatrisation complète et un retour serein à la vie normale.
Hospitalisation. Sonde urinaire. Soins locaux quotidiens. Antalgiques. Lever progressif.
Retour à domicile. Infirmière 2x/jour. Bains de siège bétadinés. Repos. Surveillance de la cicatrice.
Phase la plus fragile. Désunion possible. Marche autorisée, station assise prolongée à éviter. Consultation J15.
Cicatrisation progressive. Reprise du travail sédentaire envisageable. Pas de sport, pas de bain, pas de rapport.
Cicatrisation complète chez la plupart. Sport doux. Reprise progressive de la vie intime (kiné périnéale recommandée).
Suivi tous les 3-4 mois. Souplesse et confort retrouvés. Surveillance long terme (5 ans minimum).
25 questions sur la vulvectomie
Toutes les questions que les patientes posent le plus souvent en consultation. Si la vôtre n'y figure pas, posez-la lors de notre rendez-vous — il n'y a pas de question stupide.
Combien de temps dure une vulvectomie ?
▾Quel type d'anesthésie est utilisé ?
▾Combien de jours d'hospitalisation faut-il prévoir ?
▾Aurai-je une sonde urinaire après l'opération ?
▾Vais-je avoir mal après l'opération ?
▾Combien de temps dure la cicatrisation complète ?
▾Qu'est-ce qu'une désunion de cicatrice ?
▾Pourrai-je marcher après l'opération ?
▾Quand pourrai-je reprendre le travail ?
▾Vais-je perdre la sensibilité de la vulve ?
▾La vulvectomie va-t-elle modifier ma vie sexuelle ?
▾Vais-je être ménopausée après la vulvectomie ?
▾Quels sont les soins à domicile après la sortie ?
▾Quand vais-je avoir les résultats anatomopathologiques ?
▾Aurai-je besoin de radiothérapie après ?
▾Et si les marges chirurgicales sont insuffisantes ?
▾Quel suivi après la vulvectomie ?
▾La vulvectomie est-elle prise en charge à 100% ?
▾Puis-je avoir un deuxième avis avant l'opération ?
▾Mon chirurgien va-t-il rester en contact avec moi ?
▾Que faire en cas de saignement ou de fièvre ?
▾Faut-il enlever les ovaires pendant une vulvectomie ?
▾Qu'est-ce qu'un lambeau de reconstruction ?
▾Combien de patientes le Dr Zeitoun opère-t-il par an ?
▾Vais-je avoir un suivi psychologique ?
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