Vous avez 19 ans, ou 24, ou 26, et vous vous demandez si la vaccination HPV vous concerne encore. Vous êtes parents d'un préadolescent et le sujet revient en sixième ou en cinquième. Vous vous interrogez sur l'utilité de vacciner les garçons, sur les effets secondaires, ou sur le fait d'avoir « déjà été exposé ». Cet article répond à toutes ces questions, en s'appuyant sur les recommandations françaises actualisées en mai 2025 et le calendrier vaccinal 2026. Pour comprendre ce que signifie un test HPV positif, l'article complémentaire HPV positif après frottis : que faire concrètement ? détaille la conduite à tenir.
L'essentiel en 3 points
Pourquoi se faire vacciner contre le HPV ?
Le papillomavirus humain (HPV) est responsable, en France, d'environ 6 400 nouveaux cancers chaque année — dont près d'un sur quatre touche les hommes. Le plus connu est le cancer du col de l'utérus (3 000 cas par an, 1 000 décès), mais le virus est aussi à l'origine de cancers de l'anus, de l'oropharynx (gorge), de la vulve, du vagin et du pénis. À cela s'ajoutent 35 000 lésions précancéreuses détectées chaque année, qui doivent être surveillées ou traitées — souvent par une conisation du col, parfois par d'autres gestes plus lourds.
La vaccination est aujourd'hui la prévention primaire la plus efficace contre ces cancers. L'exemple australien est sans appel : pionnière de la vaccination HPV depuis 2007, l'Australie est aujourd'hui en passe d'éliminer quasiment tous les cancers du col liés au HPV. Les études montrent une chute spectaculaire des infections aux types 16 et 18, des lésions précancéreuses et, plus récemment, des cancers eux-mêmes dans les tranches d'âge vaccinées. C'est la preuve la plus solide dont nous disposons de l'efficacité d'un vaccin contre un cancer.
L'essentiel à retenir
La vaccination HPV ne protège pas contre 100 % des cancers du col, mais contre la grande majorité d'entre eux. Elle ne remplace pas le dépistage par frottis ou test HPV — qui reste indispensable, vaccinée ou non, à partir de 25 ans.
Le calendrier vaccinal 2026 en clair
La priorité absolue : les 11-14 ans
La Haute Autorité de Santé (HAS) le rappelle systématiquement : la priorité est de vacciner les adolescents de 11 à 14 ans — filles et garçons. C'est à cet âge que la protection est maximale, parce que l'immunité induite par le vaccin est plus forte, et parce que la majorité des préadolescents n'ont pas encore été exposés au virus. Vacciner tôt, c'est vacciner mieux.
Le schéma est simple : 2 doses espacées de 6 mois, généralement administrées chez le médecin traitant, en pharmacie, ou dans le cadre de la campagne nationale de vaccination en classe de 5ème, en place depuis l'automne 2023. La campagne se poursuit pour l'année scolaire 2025-2026 et nécessite l'accord écrit des deux titulaires de l'autorité parentale.
Entre 15 et 26 ans : le rattrapage vaccinal
Si vous n'avez pas été vacciné entre 11 et 14 ans, le rattrapage est possible et désormais accessible à tous. Le schéma est de 3 doses sur 6 mois (à 0, 2 et 6 mois). Le vaccin peut être prescrit et administré par un médecin, une sage-femme, un infirmier ou un pharmacien.
| Âge | Schéma | Prise en charge |
|---|---|---|
| 11-14 ans | 2 doses (M0, M6) | Gratuit en milieu scolaire ou remboursé 65 % |
| 15-26 ans révolus | 3 doses (M0, M2, M6) | Remboursé 65 % depuis décembre 2025 |
| Au-delà de 26 ans | Hors recommandation officielle | À discuter au cas par cas avec son médecin |
La nouveauté de décembre 2025 : remboursement étendu
Jusqu'en 2025, la vaccination de rattrapage n'était remboursée que jusqu'à 19 ans pour les hétérosexuels et jusqu'à 26 ans uniquement pour les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes — créant une inégalité d'accès selon le genre et l'orientation sexuelle.
Sur recommandation de la HAS du 13 mai 2025, l'arrêté du 9 décembre 2025 a élargi le remboursement à toutes les femmes et tous les hommes jusqu'à 26 ans révolus, indépendamment de leur orientation sexuelle. La prise en charge à 65 % par l'Assurance Maladie est effective depuis le 12 décembre 2025. Si votre âge le permet et que vous n'êtes pas vacciné, c'est le moment d'y penser.
À savoir
- Trois quarts des jeunes adultes de 15 à 26 ans n'ont pas encore été exposés à toutes les souches HPV — la vaccination garde donc un bénéfice réel
- L'efficacité du vaccin Gardasil 9 a été confirmée jusqu'à 12 ans après l'injection par les études de suivi à long terme
- Le profil de sécurité a été confirmé en 2026 par l'ANSM, après plus de 20 ans de surveillance mondiale
Pourquoi vacciner aussi les garçons ?
La question revient régulièrement, parce que le cancer du col de l'utérus est la maladie HPV la plus connue. Mais le HPV ne s'arrête pas au col féminin : il est aussi à l'origine, chez l'homme, de cancers de l'anus, de l'oropharynx (gorge, base de la langue, amygdales) et du pénis, ainsi que de verrues génitales (condylomes), souvent récidivantes et inconfortables.
Vacciner les garçons les protège directement contre ces cancers masculins, mais aussi indirectement leurs partenaires : moins le virus circule dans la population, moins il atteint celles et ceux qui n'ont pas pu être vaccinés. C'est cette logique de protection collective qui a conduit la France à élargir la vaccination aux garçons en 2021, et à étendre récemment le rattrapage à tous jusqu'à 26 ans.
Les cancers oropharyngés liés au HPV sont en augmentation depuis 20 ans, particulièrement chez les hommes jeunes — et leur dépistage est beaucoup plus difficile que celui du col de l'utérus. La prévention vaccinale est, là aussi, la seule arme réellement efficace.
Idées reçues : ce qui est vrai, ce qui est faux
« Je suis trop âgée, c'est trop tard »
Faux dans la plupart des casSi vous avez moins de 26 ans révolus, le rattrapage vous est accessible et remboursé. Au-delà de 26 ans, la vaccination ne fait plus partie des recommandations officielles, mais elle peut être discutée au cas par cas avec son médecin — notamment si on n'a jamais été exposé au virus. Le bénéfice est cependant moindre passé cet âge, parce que l'exposition au virus est plus probable.
« J'ai déjà eu des rapports, le vaccin ne sert plus à rien »
FauxLe vaccin Gardasil 9 protège contre 9 souches différentes du virus. Même si vous avez été exposée à une ou deux d'entre elles, vous restez protégée pour les autres. La protection est moins forte que chez une personne jamais infectée, mais le bénéfice reste réel. Les études montrent une efficacité significative chez les jeunes adultes de 16 à 26 ans, y compris ceux déjà exposés au virus.
« Le vaccin entraîne la stérilité ou des maladies auto-immunes »
FauxC'est l'une des fausses informations les plus persistantes sur les réseaux sociaux. Le vaccin Gardasil 9 fait l'objet d'une surveillance rigoureuse au niveau mondial. L'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a publié en 2024 et en 2026 des bilans de pharmacovigilance qui confirment l'absence de signal de sécurité lié au vaccin, y compris sur la fertilité ou les maladies auto-immunes. La revue Cochrane — référence internationale d'évaluation des données scientifiques — confirme un excellent profil de sécurité.
« Si j'ai déjà eu un frottis anormal ou une lésion traitée, le vaccin ne sert à rien »
FauxPlusieurs études récentes suggèrent au contraire que la vaccination après une conisation réduit le risque de récidive — autour de 50 % selon les données disponibles. La discussion mérite d'être menée avec votre gynécologue, particulièrement si vous avez moins de 45 ans.
« Je suis vaccinée, je n'ai plus besoin de frottis »
FauxLa vaccination protège contre 90 % des cancers du col, pas 100 %. D'autres souches HPV non couvertes par le vaccin peuvent être contractées. Le dépistage régulier (frottis tous les 3 ans entre 25 et 29 ans, puis test HPV tous les 5 ans à partir de 30 ans) reste indispensable, vaccinée ou non.
Cas particuliers
Femmes enceintes et allaitement
La vaccination HPV n'est pas recommandée pendant la grossesse — non parce qu'elle serait dangereuse (les données disponibles ne montrent pas de signal de sécurité), mais par principe de précaution. Si une vaccination débutée avant la grossesse n'est pas terminée, on attend simplement la fin de la grossesse pour administrer les doses restantes. L'allaitement n'est pas une contre-indication.
Patients immunodéprimés et transplantés
La vaccination est particulièrement recommandée pour les personnes immunodéprimées (VIH, traitement immunosuppresseur, transplantation d'organe), pour qui le risque de lésions HPV est nettement plus élevé. Chez les candidats à une transplantation d'organe, la vaccination peut être initiée dès 9 ans, avec un schéma à 3 doses quel que soit l'âge.
Après une lésion HPV traitée
La vaccination est de plus en plus discutée comme prévention secondaire après traitement d'une lésion (conisation, vaporisation laser). Plusieurs études internationales suggèrent qu'elle réduit le risque de récidive. La décision dépend de votre âge et de votre situation — à discuter avec votre gynécologue.
Vaccination et dépistage : pas l'un OU l'autre
C'est le message le plus important de cet article : la vaccination ne remplace pas le dépistage. Elle ne couvre pas toutes les souches d'HPV, et elle est moins efficace lorsqu'elle est administrée tardivement, après une exposition au virus. Le dépistage régulier reste la deuxième arme essentielle de la prévention du cancer du col, et il est indispensable même pour les femmes vaccinées.
En France, le calendrier de dépistage est le suivant :
- 25 à 29 ans : frottis cervical tous les 3 ans (deux frottis à 1 an d'intervalle, puis tous les 3 ans)
- 30 à 65 ans : test HPV haut risque tous les 5 ans, avec cytologie réflexe en cas de positivité
Pour comprendre comment lire un résultat de frottis, l'article Frottis anormal : comprendre votre résultat détaille chaque code (ASC-US, LSIL, HSIL, ASC-H, AGC).
Une question, un doute ?
Le Dr Jérémie Zeitoun reçoit en consultation pour répondre à vos questions sur la vaccination HPV, le dépistage et le suivi des lésions du col, à Paris 8e ou à la Clinique Hartmann de Neuilly-sur-Seine.
Questions fréquentes
Le vaccin HPV est-il obligatoire ?
Non. La vaccination HPV est recommandée, pas obligatoire, en France. Elle nécessite un consentement éclairé — celui des deux titulaires de l'autorité parentale pour les mineurs. La HAS rappelle régulièrement que la priorité demeure d'améliorer la couverture vaccinale chez les 11-14 ans, où la protection est optimale.
Combien coûte la vaccination ?
Le vaccin Gardasil 9 est pris en charge à 65 % par l'Assurance Maladie sur prescription, pour les personnes de 11 à 26 ans. Le reste à charge est généralement couvert par les complémentaires santé. La vaccination est entièrement gratuite dans le cadre de la campagne scolaire en 5ème et dans certains centres de vaccination publique.
Quels sont les effets secondaires ?
Les effets secondaires les plus fréquents sont mineurs et transitoires : douleur, rougeur ou gonflement au point d'injection, parfois fièvre, fatigue ou maux de tête pendant 24-48 heures. Les effets indésirables graves sont exceptionnels ; aucun lien causal n'a été établi avec des maladies auto-immunes ou des troubles de la fertilité, malgré 20 ans de suivi mondial. Les bilans ANSM 2024-2025 et 2026 confirment l'excellent profil de sécurité.
Faut-il des rappels tout au long de la vie ?
Non, à ce jour. L'efficacité du vaccin Gardasil 9 a été confirmée jusqu'à 12 ans après l'injection initiale par les études cliniques de suivi à long terme. Aucune dose de rappel n'est recommandée en population générale. La surveillance se poursuit pour évaluer la durée de protection au-delà.
Mon partenaire doit-il aussi se faire vacciner ?
Si votre partenaire a moins de 26 ans, oui — la vaccination le protège lui (cancers anaux, oropharyngés, péniens, condylomes) et participe à la protection de son entourage. Au-delà de 26 ans, la vaccination ne fait plus partie des recommandations remboursées, mais peut être discutée individuellement avec son médecin.
Peut-on vacciner après une infection HPV connue ?
Oui. Une infection HPV connue n'est pas une contre-indication : le vaccin protège contre 9 souches, et il est très peu probable d'avoir été exposé à toutes en même temps. La protection sera réelle pour les souches non encore contractées. C'est particulièrement pertinent après le traitement d'une lésion (par exemple après une conisation) où la vaccination réduit le risque de récidive.
Le vaccin HPV protège-t-il aussi contre les verrues génitales ?
Oui. Le vaccin Gardasil 9 couvre les types 6 et 11 du HPV, responsables d'environ 90 % des verrues génitales (condylomes acuminés). Il protège donc à la fois contre les cancers (types à haut risque oncogène) et contre cette manifestation bénigne mais souvent récidivante.
Sources scientifiques
- Haute Autorité de Santé (HAS). Vaccination contre les papillomavirus : élargissement de la cohorte de rattrapage vaccinal chez les hommes et les femmes jusqu'à 26 ans révolus, recommandation du 13 mai 2025. has-sante.fr
- Ministère de la Santé. Calendrier des vaccinations et recommandations vaccinales 2025, mise à jour décembre 2025.
- Arrêté du 9 décembre 2025 modifiant la liste des spécialités pharmaceutiques remboursables — extension Gardasil 9 jusqu'à 26 ans (Journal officiel du 12 décembre 2025).
- Institut National du Cancer (INCa). Données épidémiologiques sur les cancers liés au HPV en France, 2024-2025.
- Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Vaccination contre le HPV : bilan 2024-2025 confirmant la sécurité du vaccin Gardasil 9, janvier 2026.
- Cochrane. Prophylactic vaccination against human papillomaviruses to prevent cervical cancer and its precursors, revue systématique actualisée.
- Australian Government, Department of Health. Australia's progress towards cervical cancer elimination, 2025.
- Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP). Recommandations sur la vaccination contre les infections à papillomavirus humains.