

Cancer de la vulve Exploration ganglionnaire inguinale ganglion sentinelle ou curage Dr Jérémie Zeitoun · Chirurgien Paris 8e
Quand un cancer de la vulve est diagnostiqué, on doit savoir si les ganglions de l'aine sont atteints. Deux techniques existent — le ganglion sentinelle, ciblé et préservant la jambe, et le curage inguinal complet, plus lourd mais nécessaire dans certaines situations. Voici comment on choisit, en consultation et en réunion pluridisciplinaire.

Le ganglion sentinelle inguinal en 7 chiffres clés
Des informations concrètes et pertinentes sur cette technique qui a transformé la prise en charge chirurgicale du cancer de la vulve depuis 20 ans.
Le ganglion sentinelle désigne le premier ganglion qui draine la zone tumorale — celui que les cellules cancéreuses atteindraient en premier si elles se propageaient. S'il est analysé et qu'il ne contient pas de cellules tumorales, on sait avec une fiabilité élevée que les ganglions situés en aval sont également indemnes. Il devient alors inutile de retirer l'ensemble des ganglions de l'aine — un geste plus lourd qui expose à un lymphœdème chronique de jambe et à des douleurs séquellaires.
Cette approche ciblée — 1 à 3 ganglions prélevés au lieu de 15 à 20 — a transformé la prise en charge du cancer de la vulve depuis une vingtaine d'années. Validée par les études internationales GROINSS-V (plus de 1500 patientes), elle apporte la même information pronostique tout en préservant la fonction de la jambe. C'est aujourd'hui la référence pour les cancers de la vulve éligibles.
Le ganglion sentinelle — comment on le repère et le prélève
Trouver le ganglion sentinelle, c'est tout l'art de cette intervention. Plusieurs techniques complémentaires sont utilisées en combinaison pour s'assurer qu'on ne le manque pas — taux de détection proche de 100%. Voici les 4 étapes, de la cartographie pré-opératoire à l'analyse minutieuse au laboratoire.
1 — La cartographie pré-opératoire (la veille)
Trouver où se cache le ganglion sentinelle avant l'opérationLe principe. Avant d'opérer, il faut savoir où chercher. C'est le rôle de la lymphoscintigraphie : un examen de médecine nucléaire qui montre, sur des images, le trajet emprunté par la lymphe depuis la tumeur jusqu'à l'aine.
Comment ça se passe. La veille ou le matin même de l'opération, vous allez en médecine nucléaire. On vous injecte une petite dose de produit faiblement radioactif (technétium-99m) autour de la tumeur — quelques piqûres rapides, pas plus douloureuses qu'une prise de sang. Puis une caméra prend des images pendant 30 minutes à 2 heures.
Ce qu'on voit. Les images montrent exactement quel ganglion s'allume en premier dans l'aine. C'est le ganglion sentinelle. Parfois un seul, parfois deux ou trois, parfois bilatéral. Ces images sont remises au chirurgien — qui sait ainsi où il devra inciser.
Rassurez-vous sur la radioactivité. La dose injectée est très faible, comparable à une radiographie standard. Elle s'élimine de votre corps en 24-48 heures. Compatible avec une future grossesse.
2 — Le repérage au bloc opératoire
Localiser précisément le ganglion sentinelle pendant l'opérationLe principe. Sous anesthésie générale, on combine deux ou trois techniques qui se confirment l'une l'autre pour ne pas rater le ganglion sentinelle.
La sonde gamma. Un appareil portatif qui ressemble à un compteur Geiger. On la passe au-dessus de la peau de l'aine — elle « bipe » plus fort là où le ganglion radioactif est caché. C'est ce qui guide l'incision (2-3 cm).
Le colorant bleu. En début d'opération, on injecte un peu de bleu (bleu isosulfan ou bleu de méthylène) autour de la tumeur. Il chemine dans la lymphe et colore le vaisseau et le ganglion sentinelle en bleu vif — visible à l'œil nu une fois l'incision faite.
La fluorescence (ICG). Plus récent : un colorant fluorescent (vert d'indocyanine) détecté par une caméra infrarouge. Le ganglion devient lumineux sur un écran. Utile quand on veut éviter le bleu (allergies) ou en complément de l'isotope.
En pratique : sonde gamma + colorant bleu en routine. ICG en option selon les centres.
3 — Le prélèvement proprement dit
1 à 3 ganglions retirés par aine, en 30 à 60 minutesL'incision. Petite, horizontale, dans le pli de l'aine — généralement 2 à 3 cm. Bien cachée à terme dans le pli naturel. Une seule incision si la lésion est bien latéralisée à droite ou à gauche, deux incisions si la lésion est médiane.
Le geste. On suit le vaisseau lymphatique bleu jusqu'au ganglion sentinelle, on le retire délicatement. On vérifie ensuite qu'il n'y a plus de radioactivité résiduelle dans le lit opératoire (doit être < 10% de celle du ganglion). En moyenne, 1 à 3 ganglions par aine.
La fermeture. Sutures résorbables. Parfois un petit drain aspiratif pour quelques jours. Pansement.
La durée. 30 à 60 minutes par aine. Souvent réalisé dans le même temps opératoire que la vulvectomie, sous la même anesthésie — sans rallonge significative d'hospitalisation.
4 — L'analyse du ganglion au laboratoire
Ce que l'examen anatomopathologique va déterminerUne fois retiré, le ganglion est confié à un médecin spécialisé (anatomopathologiste) qui va l'analyser en détail. C'est cette analyse qui va orienter la suite du traitement.
Le résultat tombe en général en 7 à 15 jours. Une consultation post-opératoire est programmée à J15 pour vous l'expliquer et décider ensemble de la suite.
Deux situations possibles :
• Ganglion indemne (négatif) : pas de cellules cancéreuses retrouvées. C'est la situation la plus fréquente. Aucune chirurgie complémentaire sur l'aine n'est nécessaire.
• Ganglion atteint (positif) : présence de cellules cancéreuses. Selon la quantité de cellules retrouvées, deux options seront discutées en réunion pluridisciplinaire — soit un curage inguinal complémentaire, soit une radiothérapie ciblée de l'aine. Le choix dépend de votre situation.
Tout vous sera expliqué de manière claire en consultation, avec le temps qu'il faut. Aucune décision n'est prise sans vous.
Le curage inguinal complet
Le curage inguinal — ou plus précisément lymphadénectomie inguino-fémorale — consiste à retirer tous les ganglions d'une ou des deux aines. C'est l'intervention de référence historique avant l'arrivée du ganglion sentinelle. Il reste indispensable dans plusieurs situations.
Quand le curage est-il nécessaire ?
Les situations où le ganglion sentinelle n'est pas adaptéLe curage inguinal complet est l'option à privilégier dans plusieurs situations bien définies :
• Suspicion préopératoire d'envahissement ganglionnaire — c'est-à-dire des ganglions inguinaux suspects à l'examen clinique (palpables) ou à l'imagerie (échographie, IRM, parfois TEP-scanner).
• Échec de détection du ganglion sentinelle en peropératoire — si le ganglion sentinelle n'est pas retrouvé pendant l'intervention, on réalise un curage par sécurité pour ne pas passer à côté d'une atteinte.
• Ganglion sentinelle positif à l'analyse — selon la quantité de cellules tumorales, soit on complète par un curage, soit on opte pour une radiothérapie ciblée.
• Récidive inguinale après un traitement initial.
Dans les cas où le ganglion sentinelle n'est pas applicable d'emblée (tumeur supérieure à 4 cm, lésions multifocales), c'est aussi le curage qui sera proposé — mais c'est une situation différente : le ganglion sentinelle n'a pas été tenté.
Cette décision est toujours prise en réunion de concertation pluridisciplinaire, avec un panel de spécialistes (chirurgien, oncologue, radiothérapeute, anatomopathologiste, radiologue) qui examinent votre dossier ensemble.
Comment se déroule le curage ?
Le principe de l'interventionL'incision. Une incision dans le pli de l'aine, plus longue que pour un ganglion sentinelle (8 à 12 cm). Une seule aine ou les deux aines selon la localisation de la lésion vulvaire.
Le geste. On retire l'ensemble du tissu ganglionnaire et graisseux de la région inguino-fémorale, de manière méthodique, en respectant les vaisseaux et les nerfs. En général 10 à 20 ganglions sont prélevés par aine.
La fermeture. Drains aspiratifs systématiques, conservés généralement plusieurs jours à plusieurs semaines, jusqu'à ce que le liquide drainé devienne minime. Sutures soignées.
La durée. 1 à 2 heures par aine. Souvent réalisé dans le même temps que la vulvectomie, sous la même anesthésie générale.
L'hospitalisation. 5 à 7 jours en moyenne, parfois davantage selon les drains et la cicatrisation.
Les suites du curage — plus exigeantes
Une réalité à connaître avant l'interventionLe curage inguinal complet a des suites plus lourdes que le ganglion sentinelle. C'est précisément pour cela qu'on a développé la technique du ganglion sentinelle — pour éviter ces complications quand c'est possible.
Les complications les plus fréquentes après curage :
• Lymphocèle (poche de lymphe à l'aine) — fréquente, parfois drainée au cabinet.
• Infection de cicatrice et désunion — relativement fréquentes.
• Lymphœdème chronique de jambe (gonflement durable) — la complication tardive la plus impactante. Elle se gère bien aujourd'hui avec kinésithérapie spécialisée et compression.
• Lésions nerveuses sensitives (zones d'engourdissement de la cuisse), le plus souvent transitoires.
La récupération complète demande plusieurs mois. Un suivi rapproché est mis en place pour identifier rapidement les complications et les traiter — au cabinet ou par téléconsultation.
Avec l'avènement de la radiothérapie comme alternative au curage en cas de ganglion sentinelle positif avec faible charge tumorale (étude GROINSS-V II), nous avons aujourd'hui plus d'options pour épargner la jambe.
Quand ganglion sentinelle, quand curage
Toutes les patientes ne sont pas éligibles au ganglion sentinelle. Quand on l'est, c'est la première option car la jambe est préservée. Quand on ne l'est pas, ce n'est pas un drame — c'est simplement que le curage inguinal complet est l'option la plus sûre dans la situation.
Le ganglion sentinelle est proposé quand
• La lésion vulvaire est unique et de taille limitée.
• Les ganglions de l'aine sont normaux à l'examen clinique et à l'imagerie (échographie inguinale, parfois IRM ou TEP).
• Le bilan pré-opératoire est rassurant globalement.
Le curage est proposé quand
• Il y a une suspicion préopératoire d'envahissement ganglionnaire — ganglions palpables à l'examen ou suspects à l'imagerie.
• En cas d'échec de détection du ganglion sentinelle en peropératoire.
• Quand un ganglion sentinelle s'est révélé positif à l'analyse, avec charge tumorale significative (selon la quantité, on peut aussi opter pour une radiothérapie ciblée).
• En cas de récidive inguinale.
En consultation, je vous expliquerai très précisément pourquoi telle option vous est proposée, en fonction de votre situation personnelle. La décision est toujours partagée — et toujours validée en réunion pluridisciplinaire. Si vous avez le moindre doute, la téléconsultation reste à votre disposition à tout moment du parcours.
Recommandations utilisées (mise à jour 2025) : FIGO 2025 (Olawaiye et al, Int J Gynecol Obstet 2025, mise à jour mondiale) · NCCN Vulvar Cancer 2025 (v1.2025, recommandations américaines) · Restaino et al, Cancers 2025 (comparaison systématique des guidelines internationales) · ESGO 2023 (Oonk MHM et al, Int J Gynecol Cancer 2023, recommandations européennes) · Saint-Paul-de-Vence 2024 (Selle & Narducci, recommandations francophones) · GROINSS-V I (Van der Zee AGJ et al, J Clin Oncol 2008, n=403) et GROINSS-V II (Oonk MHM et al, Lancet Oncol 2021, n=1535).
Un geste sur les ganglions vous a été proposé ?
Apportez vos comptes-rendus de biopsie, l'IRM pelvienne et la décision de RCP si disponible. La consultation dure 30 minutes — un plan personnalisé vous est remis avec le geste envisagé sur les ganglions.
Étape par étape, le parcours du ganglion sentinelle
De la lymphoscintigraphie pré-opératoire au résultat anatomopathologique, voici précisément comment se déroule l'intervention.
- 01
La veille — lymphoscintigraphie
Injection d'un traceur faiblement radioactif (technétium-99m) autour de la tumeur. Quelques piqûres rapides. Acquisition d'images en médecine nucléaire (30 min à 2 h). Identification du ou des ganglions sentinelles.
- 02
L'arrivée au bloc opératoire
Vérification de l'identité, du dossier, du consentement. Pose d'une voie veineuse. Anesthésie générale, le plus souvent associée à une analgésie péridurale pour le confort post-opératoire.
- 03
Injection du colorant bleu
Injection péri-tumorale de colorant bleu (bleu isosulfan ou bleu de méthylène) qui va se concentrer dans le ganglion sentinelle. Parfois remplacé ou complété par du vert d'indocyanine (ICG) détecté en fluorescence.
- 04
Repérage et incision
Repérage du ganglion à la sonde gamma (compteur de radioactivité). Petite incision de 2 à 3 cm dans le pli de l'aine. Une ou deux incisions selon la latéralité de la lésion vulvaire.
- 05
Prélèvement de 1 à 3 ganglions
Identification du ganglion bleu et radioactif, prélèvement délicat. Vérification de l'absence de radioactivité résiduelle. Sutures résorbables, parfois un petit drain. Durée 30 à 60 minutes par aine.
- 06
Analyse au laboratoire
Le ganglion est confié à un médecin spécialisé (anatomopathologiste). Analyse détaillée en 7 à 15 jours. Consultation post-opératoire à J15 pour l'explication et la décision de la suite.
Récupération, complications et suivi
La récupération après ganglion sentinelle isolé est rapide. Quand il est associé à une vulvectomie, c'est cette dernière qui dicte le rythme. Voici les chiffres et les grandes étapes.
Les complications possibles
L'intérêt du ganglion sentinelle, c'est surtout d'épargner la jambe. Comparons honnêtement ses complications à celles du curage inguinal complet : la différence est spectaculaire. Toutes ces complications, quand elles surviennent, se gèrent au cabinet ou par téléconsultation. Vous restez en contact direct avec moi pendant toute cette période.
| Complication | Ganglion sentinelle | Curage complet |
|---|---|---|
| Infection de cicatrice inguinale | 2 – 5 % | 15 – 30 % |
| Lymphocèle inguinale (poche de lymphe) | 5 – 10 % | 30 – 50 % |
| Sérome (collection liquidienne) | 5 – 10 % | 20 – 40 % |
| Lymphœdème chronique de jambe | 1 – 5 % | 20 – 40 % |
| Lésion nerveuse sensitive (peau de la cuisse) | < 2 % | 10 – 20 % |
| Échec de détection du ganglion sentinelle | < 5 % | — |
Références : Van der Zee AGJ et al, J Clin Oncol 2008 (GROINSS-V I, n=403) · Oonk MHM et al, Lancet Oncol 2021 (GROINSS-V II, n=1535) · Hinten F et al, Gynecol Oncol 2011 · Gaarenstroom KN et al, Int J Gynecol Cancer 2003.
Le bénéfice est clair : entre 5 et 10 fois moins de complications avec le ganglion sentinelle qu'avec le curage complet. Le lymphœdème de jambe — cette enflure chronique invalidante — passe de 1 patiente sur 3 à 1 patiente sur 20-50. C'est la vraie révolution des dernières années dans le traitement du cancer de la vulve.
Calendrier de récupération
La récupération après un ganglion sentinelle isolé est rapide — c'est même l'un de ses grands avantages. Quand le ganglion sentinelle est associé à une vulvectomie, c'est cette dernière qui dicte le rythme. Voici les grandes étapes.
Hospitalisation (souvent ambulatoire ou 24h). Pansement inguinal. Antalgiques. Lever précoce.
Retour à domicile. Soins de cicatrice. Marche autorisée. Éviter le port de charges.
Cicatrisation. Consultation J15 avec résultats anatomopathologiques. Reprise du travail sédentaire envisageable.
Reprise progressive de l'activité physique normale. Surveillance de la jambe à la recherche d'un gonflement.
Sport, voyages, baignades autorisés. Cicatrice estompée. Si curage complémentaire nécessaire, c'est en général à ce stade.
Suivi clinique et échographique tous les 3-4 mois pendant 2 ans, puis tous les 6 mois jusqu'à 5 ans.
25 questions sur le ganglion sentinelle inguinal
Toutes les questions que les patientes posent le plus souvent en consultation. Si la vôtre n'y figure pas, posez-la lors de notre rendez-vous — il n'y a pas de question stupide.
Qu'est-ce qu'un ganglion sentinelle ?
▾Pourquoi pas un curage systématique ?
▾L'injection radioactive est-elle dangereuse ?
▾L'injection fait-elle mal ?
▾Quelle est la fiabilité de la technique ?
▾À quoi ressemble la cicatrice inguinale ?
▾Vais-je être hospitalisée longtemps ?
▾Et le lymphœdème de jambe après ganglion sentinelle ?
▾Si le ganglion sentinelle est positif ?
▾Comment se passe le suivi après ?
▾Et si le ganglion sentinelle est manqué ?
▾Vais-je éviter une seconde opération ?
▾Dois-je subir une radiothérapie ?
▾Quel est le risque de récidive inguinale ?
▾Qu'est-ce que les études GROINSS-V ?
▾Quelles sont les contre-indications ?
▾Puis-je avoir un deuxième avis ?
▾Combien de ganglions sentinelles le Dr Zeitoun réalise-t-il par an ?
▾Suivi long terme : pendant combien de temps ?
▾La prise en charge est-elle ALD 30 ?
▾Mon chirurgien reste-t-il en contact entre les opérations ?
▾Que faire en cas de fièvre ou douleur inhabituelle ?
▾Quelle anesthésie pour le ganglion sentinelle ?
▾Aurai-je une sonde urinaire ?
▾Aurai-je un suivi psychologique ?
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